Cartographe des zones floues, dissident géographique
















Robkham est un robot au long cours qui ne progresse qu’en flottant, porté par des courants stellaires qu’il ne cherche ni à dompter ni à contrarier, dérivant d’époque en époque comme on traverse une mer aux flux invisibles, laissant les vents cosmiques infléchir sa trajectoire tandis qu’il poursuit, sans hâte et sans certitude, la recherche de coordonnées perdues, de points effacés, de traces si ténues qu’elles semblent hésiter entre apparition et disparition.
Au fil de ses missions, souvent incertaines et rarement rectilignes, il a appris la prudence à ses dépens, comme en témoignent ses cicatrices, et désormais il ne quitte plus son gilet de sauvetage ni sa bouée… ni son gri-gri, bien sûr, car il est notoire que les navigateurs, même ceux qui se prétendent rationnels, confient leur destin à des objets qui ne promettent rien.
Survivant de la grande marée d’Aldebaran, dont les vagues ont dispersé les trajectoires et laissé derrière elles un silence chargé d’oxydation, Robkham craint viscéralement la rouille. Sa plus grande peur serait de se dissoudre dans le grand rien, de se fragmenter au point de devenir trop altéré pour encore transmettre un signal, d’autant que son sens de l’orientation aléatoire l’entraîne parfois vers des marges si diffuses qu’il redoute de ne jamais être récupéré s’il venait à s’effacer avant d’avoir communiqué ses dernières coordonnées.
Robkham est probabiliste ; il ne suit aucune trajectoire imposée et se laisse dériver à travers un champ de possibles mouvants, où chaque dérive ouvre une direction nouvelle, et c’est ainsi, en se laissant porter, qu’il découvre des zones encore absentes des cartes et des territoires laissés en blanc par les atlas officiels, pour lesquels son équipement, que d’aucuns jugeraient excessif, se révèle, au minimum, approprié.
Une aventure de Robkham le Rouge :
La Marée d’Aldebaran
Avant d’être prudent, Robkham était précis.
Avant d’être probabiliste, il tentait de corriger les courants.
Lors de la grande marée d’Aldebaran, les voiles stellaires s’étaient tendues comme des tambours sous une pression gravitationnelle anormale. Les flux étaient instables, mais cartographiables, du moins le croyait-il.
C’est là que le requin cosmique est apparu. Un de ces prédateurs qu’on ne voit pas venir : d’abord une perturbation dans les coordonnées, une légère distorsion des lignes, puis, aux confins de la vision périphérique, une zone d’ombre qui avance sans accélérer.
Les requins cosmiques ne chassent pas. Ils attaquent les trajectoires au hasard. Lorsqu’un navigateur s’accroche trop obstinément à son cap, la ligne qu’il tentait de maintenir se rompt brutalement.
Or, Robkham tentait de maintenir son cap.
Erreur de jeunesse.
La masse sombre traversa la voile stellaire comme une déchirure silencieuse. Dans le choc gravitationnel, sa jambe droite fut arrachée par le cisaillement des forces. Il ressentit immédiatement une perte de coordonnées, une absence brutale dans son schéma d’équilibre… et dériva longtemps après cela.
Il alla se faire rafistoler vite fait chez un Doc des confins de Bételgeuse.
Une jambe de bois, modèle basique mais avec option tampon en céramique rouge, était tout ce que la République lui octroyait pour services rendus.
Bah… Elle l’aiderait toujours à s’ancrer. Au moins dans l’imaginaire collectif…
Robkham le Rouge, ça sonnait bien. Toujours mieux que Robkham le Dériveur.
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