
Statut :
Livre d’artiste entièrement fait main en papier Xuan (46 g/m², 35 cm de haut), dessiné recto–verso au graphite et feutres Pigma Micron en niveaux de gris.
Deux récits s’y répondent : « En ces temps là, des géants arpentaient la terre » au recto et « Paysage asémique » au verso.
Structure souple et lumineuse, évoquant les paravents traditionnels.
Cartel :
Ce livre construit en plis successifs, formé d’une longue bande de papier Xuan, renferme deux histoires distinctes, chacune accessible depuis une entrée différente :
• En ces temps-là, des géants arpentaient la terre : un paysage où l’on devine, dans les plis du monde, les traces laissées par d’anciens êtres immenses.
• Paysage asémique : une écriture sans langue, faite de lignes, de brumes et de murmures, nous entraîne dans un monde où la terre chuchote son propre récit.
La structure souple et lumineuse du papier Xuan permet une lecture immersive des deux faces, que l’œuvre soit exposée en paravent ou parcourue comme un livre d’artiste à double entrée.















Deux nouvelles accompagnent ces compositions.
Les voici :
En ces temps-là, des géants arpentaient la terre
On raconte que, dans les temps frangés d’oubli, dans des âges si anciens que personne n’en garde mémoire, des géants traversaient nos contrées.
Leur nom s’est perdu dans les brumes du temps.
Ils étaient si grands que nul ne pouvait en distinguer le sommet ; leurs pas faisaient vibrer les vallées, ployer les plaines.
On ne peut qu’imaginer leurs silhouettes.
Seuls des fragments nous parviennent encore, si l’on observe patiemment les replis du monde.
On peut deviner ce qu’il reste de leur passage :
pas de ruines ni de fossiles, mais des marques plus anciennes que nos histoires, fondues dans la substance des pierres et du sol.
Des lignes inachevées.
Des formes suspendues.
Des traces de gestes titaniques -jeux, rites ou affrontements- que seuls les reliefs savent encore raconter.
Depuis ces temps lointains, la terre s’est faite leur héraut.
Elle répète leur histoire dans ses plis, ses ombres et ses matières.
Parfois, au détour d’un paysage, une jambe dressée comme un mât semble émerger du sol, une colonne d’os végétal jaillir d’un amas rocheux, une forme hésiter entre pierre, nuage et organisme, une silhouette effacée se deviner dans la brume, ou le geste pétrifié d’un être trop vaste pour nos yeux se refléter dans les eaux trop calmes d’un lac.
Un jour, nous comprendrons ce que le monde tente de murmurer.
Nous suivrons les lignes du terrain comme on suit une prophétie.
Nous retrouverons les indices.
Nous entendrons la mémoire enfouie.
Nous saurons que les géants ont été là.
Peut-être alors deviendrons-nous, à notre tour, les géants disparus pour une civilisation future.
Paysage asémique
As-tu déjà ressenti, au détour d’un chemin, cette impression d’être exactement au bon endroit, en accord avec tout ce qui t’entoure ?
C’est le signe que tu commences à comprendre la terre.
Sache que ton apprentissage ne fait alors que commencer.
Il existe des lieux où la terre écrit sans mots ; des vallées où le vent trace des lignes muettes, mais pleines de sens.
Si tu marches assez longtemps dans ces paysages, tu verras parfois une phrase se former, puis se défaire, comme si le monde hésitait entre se révéler et se taire.
Tu entendras peut-être des murmures dans l’air, des sons légers qui glissent au gré des reliefs.
Ce serait la respiration du monde.
Un jour, peut-être, tu découvriras ce qui se trame dans cette écriture sans langue.
Tu apprendras à lire ces brumes délicates.
Tu verras ce qui se joue dans ces traces mouvantes.
Tu sauras alors que ce que tu appelles silence est déjà un récit.
