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Le Canto de la rivière aux souvenirs

Statut : Carnet carrousel, aquarelle et collages.

Cartel : Avec cette œuvre unique, la cosmogonie d’Okéanos entre dans un nouveau chapitre : celui des fleuves et des rivières, enfants d’Okéanos et de Téthys.

Légende mythique

Surgissant des replis du monde, certaines eaux prennent le temps de raconter ce qu’elles ont vu, avant de retourner dans l’immense rire d’Okéanos.

Elles serpentent entre les pierres, sous les ponts anciens, au pied des arbres patients. Elles apprennent les chemins du monde en silence.

Elles ne cherchent pas la gloire des grandes marées, elles semblent avoir oublié l’océan primordial.

Leur domaine est discret : les berges où l’enfance s’attarde, les cartes froissées qu’on déplie pour savoir où l’on est, les poissons qui glissent entre les reflets comme des messagers silencieux.

Les souvenirs s’y déposent couche après couche : la naissance d’un amour de jeunesse, une demande en mariage chuchotée, des anciens échangeant leurs mémoires le long de ses berges.

Les paysages alanguis portent aussi la trace de jours plus chaotiques : guerres, usines nouvelles, machines venues troubler le cours tranquille du temps.

Mais l’eau travaille lentement.

Elle use les angles, emporte les éclats, recouvre les cicatrices d’un courant patient.

Alors, dans un ressac presque imperceptible, les ponts redeviennent des arches de passage, les fontaines parlent encore aux rivières, et les feuilles des rives épellent les noms oubliés.

Ainsi se crée le petit théâtre où l’eau continue de couler.
Les poissons y traversent les paysages.
Les rives se déploient comme une mémoire qui se déroule.

Les rivières transportent aussi le temps, et tôt ou tard, comme toutes les eaux du monde, elles retournent à l’océan primordial.

Ce Canto raconte ce cycle éternel.
On l’appelle Le Canto de la rivière aux souvenirs.

Le journal du pont

ENTRÉE N°27
Incident hydrologique mineur (ou : pourquoi la flotte est chelou)

Observation : Les rivières, c’est pas que de l’eau. C’est des machines à souvenirs.

Bon, un cours d’eau, tout le monde pense connaître : de la flotte qui coule entre deux berges avec des poissons dedans. Un truc banal. Genre “sympa pour pique-niquer et faire des ricochets”.

Que nenni.

Après plusieurs heures à fixer l’eau en faisant semblant de réfléchir (parce que bon, sur cette barge, il se passe rien à part des mouches qui tournent), tu réalises un truc : La flotte transporte tout un tas de fatras hétéroclite. Et je parle pas juste des vieux biclous rouillés ou des caddies Super U qu’on a balancés par-dessus bord.

Mate un peu, tu vas voir :

Des histoires d’amour qui ont fini en eau de boudin.

Des promesses faites un peu trop vite (et parfois tenues).

Des conversations de vieux qui durent trois saisons complètes (et qui servent à rien).

Des quintillons d’heures d’immobilité à attendre qu’une perche ou une tanche daigne mordre (te leurre pas, on sait tous que c’est juste une excuse pour pas rester à tourner en mode lave linge entre tes quatre murs).

Quelques guerres mal rangées dans les archives du monde (oui, même celles-là).

Et une quantité suspecte de souvenirs qui refusent obstinément de disparaître.

Tout ça dérive, tranquille Émile, entre les ponts, les arbres et les poissons.

Ouais, tu vois, une rivière, ça t’emmagasine les souvenirs comme un aspirateur ramasse les poils de ton chat (sauf que là, les poils de Ninette, c’est des fragments de vie).
Et après, elle te transporte tout ça, pépouze, vers l’océan primordial. Où tout finit par se mélanger dans un gigantesque serveur cosmique : Imagine un cloud universel version mythologie grecque.
Sans abonnement. Sans mot de passe. Juste de l’eau salée et parfois des regrets.

Te v’là avec la Pensine de Dumbledore, les archives Jedi ou le disque dur externe du monde qui passe devant ton hublot. Et c’est pas un film. C’est ta vie.

Denise la mouette affirme que c’est « de l’eau qui fait son travail ». Hypothèse étonnamment crédible. Ses aventures l’auront rendue philosophe (ou alors elle a juste trop bu d’eau de pluie).

Après plusieurs tests scientifiques extrêmement rigoureux (regarder couler la rivière pendant un temps déraisonnable, comme dit précédemment, faut suivre hein), l’équipage a décidé d’archiver le phénomène.

C’est Blade Runner version rivière. C’est Le Seigneur des Anneaux avec les souvenirs, pour tous les lier. C’est Interstellar avec un méandre dans le rôle du trou noir. C’est Star Wars 42 : les archives Jedi sont tenues par une truite très concentrée.

C’est le Canto de la rivière aux souvenirs.

Et toi, t’es juste là, sur le pont, à regarder passer ta propre vie en version liquide.





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