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Le Canto des dires d’Okéanos

Statut : Livre objet entièrement fait main inclus dans une boite cartonnée du commerce.
Dimensions du livre déplié : 120 sur 10 cm – diamètre du livre replié : 23 cm.
Techniques : aquarelle sur papier, découpages, collages.
Matériaux : Papier aquarelle Clairefontaine Etival watercolour, Aquapad pour le fond, Canson (Saunders Waterford), Tengucho, calque, papier de riz cru, gaze de coton, résine.
Écriture asémique réalisée avec Micron Pigma 005 et Preppy platinum 02.
Aquarelles utilisées : Sennelier et Schmincke – super granulation.

Cartel : Livre-objet conçu comme une arène de papier circulaire. Un microcosme où la vie sauvage de l’océan coexiste avec la tentative dérisoire de contenir l’élément marin dans les limites d’une boîte.




Légende épique

Certains chants ne se chantent pas, ils se devinent.

Parmi les marins au long cours, il se dit que ces cantos sans parole ne se découvrent que si l’on regarde l’onde assez longtemps.
C’est alors qu’on peut les entrevoir.

Ainsi en est-il de celui qui est évoqué ici.

Avant que les hommes ne cherchent des mots pour nommer le monde, les flots parlaient déjà.

Le plus petit être répondait au plus grand ; le courant répondait au récif, l’algue au poisson, la marée au corail, le silence au fracas des tempêtes.

Il se dit que, depuis les commencements, dans l’onde chaque mouvement est parole.

Chaque disparition, écho.

Chaque arrivée, réponse.

Cette conversation ne connaîtrait ni commencement ni fin.
Elle habiterait au coeur même de tout ce qui vit dans les flots, passant du plus faible courant au violent tsunami, de l’algue microscopique aux vastes barrières de corail…

Ainsi se devine le Canto des dires d’Okéanos, au plus profond du Livre des Origines.


À la Criée

(un vieux rade sur le port)

Dans un coin, Méheut et Jean-Jean sont scotchés sur leur partie d’échecs, muets comme des carpes. Assis à l’écart, Gildas les mate depuis un moment. Il fixe le plateau, l’air dans les vapes, comme s’il voyait autre chose que des pions.

Faut dire, ça fait trois plombes que leur partie de pousse-bois a commencé et il se passe nib de nib. Y’a des fois, t’ennuyer comme un rat mort, c’est comme être tout seul de quart, ça te retourne le cerveau.
À force de fixer le noir, tu te mets à baragouiner tout seul des trucs que t’oserais même pas répéter à terre…

Genre : T’as déjà testé, toi, le grand bain ? Je parle pas de ta baignoire, hein. Je parle de la vraie baille, quand tu piques une tête sans faire de manières. T’as pas le temps de faire “ouf” que t’as déjà les oreilles qui sifflent. T’entends des trucs chelous, un espèce de bourdonnement bizarre, mais tu captes que dalle parce que ton seul objectif, c’est de remonter à la surface avant de boire la tasse.
Ben y’a des bandes de savants de salon, des amiraux de baignoire avec tout leur barda électrique et leurs usines à gaz, qui essaient depuis des lustres de piger ce qui se trame là-dessous. Entre le rugissement des vagues, le chant des baleines qui font leur diva, les trilles des dauphins qui se croient tout permis… c’est un barouf de tous les diables, un vrai bazar aquatique !
Et va donc leur demander une petite pierre de Rosette pour débarbouiller tout ce boucan. Tu peux courir mon gars. T’es pas rendu. Ils te sortent leurs prélèvements d’eau, leurs scanners pour gosses de riches, leurs expertises de terriens, leurs radars de compète, leurs équations de types qui n’ont jamais pris un grain… et forcément, ça se plante.
C’est logique : dès que tu sors l’eau de son élément, le message s’évapore. C’est comme essayer de mettre le vent en boîte.

Ça rend dinguo, je te dis ! Urbi et Orbi, c’est la folie douce. D’ailleurs, à ton avis, pourquoi les mecs qui descendent là-d’sous finissent toujours avec des casques, des bouchons d’oreilles ou des bonnets tricotés par leur grand-mère ? Hein ? Tu y as pensé ? C’est pas pour le style, c’est pour pas dev’nir mabouls à écouter des voix qui viennent du fond des âges.
Ouais mon gars, la mer, elle cause, mais elle rend sourd ceux qui tendent trop l’oreille.

Gildas cligne des yeux et revient brusquement dans le présent. Il regarde les deux joueurs qui n’ont pas bougé d’un pouce. « Bon, c’est à qui ? »

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