












Statut :
Ensemble de 8 boîtes entièrement fabriquées et décorées par mes soins, complétées d’un assortiment de coquillages du commerce
Techniques :
Aquarelles Schmincke sur les boîtes et les séparateurs, papier centenaire pour les étiquettes et le cartel d’exposition
Cartel : On serait dans les réserves d’un musée débordé par les donations d’afficionados beaucoup trop enthousiastes.
🌊 LÉGENDE ÉPIQUE
Écoute, car ceci est le Canto des signes oubliés.
Il nous vient du Chant des Offrandes Immémoriales.
Il rappelle que depuis le jour ancien où la mer et la terre se reconnurent, Okéanos n’a jamais cessé de déposer des traces sur ses rivages.
Coquillages, galets, fragments polis par le temps, offerts sans ordre, sans hiérarchie, porteurs d’un même geste obstiné : ne pas rompre le lien.
Mais les enfants de la terre,
ceux-là mêmes qui étaient sortis de ses flots, n’entendent pas ce langage.
Ils ramassent les offrandes, les observent, les comparent,
et cherchent à en percer le sens.
Ils donnent à chaque fragment une place, et s’éloignent ainsi de la compréhension, car ce que la mer offre n’est pas destiné à être classé,
mais à être reconnu.
Et tandis que les boîtes se referment sur ces fragments du monde, Okéanos, patient et têtu,
continue de déposer sur le rivage
de nouveaux présents.
Dans l’espoir qu’un jour, un de ses enfants ne cherche plus à comprendre, mais à se souvenir.
⚓ LE BOLOSS DU CANTO
Une histoire de coquillages
Alors attends, à la base, c’est une histoire entre la mer et la terre.
Un truc genre grande rencontre cosmique, slow de fin de soirée, tout le monde pleure, Chabadabada.(*)
Mais bon, l’océan il a misread le pauvre, il a cru qu’il y avait match et il envoie des cadeaux en mode lourdingue… et avec abonnement ! Genre livraison automatique INTERFLORA sans bouton “se désabonner”
Jusque là, tu piges le tableau.
C’est après que ça part en vrille.
La terre, elle s’en balec de ce coup d’un soir… Next ! Tu vois.
Elle relève plus ses messages, a carrément désactivé les notifs et blacklisté le numéro : ghosting premium, niveau Black Mirror saison 6.
Sauf que les colis, ils s’entassent. A force ça finit par se remarquer, comme une mouche au milieu de ton bol de lait ou un bug graphique en plein milieu du prologue du Seigneur des Anneaux.
Alors, au début, les gens passent à côté de ces tas de trucs, et à force de les voir traîner là, ils se disent que ça pourrait faire bien sur l’étagère entre le Père Goriot et L’almanach Vermot, ou pourquoi pas, à la place de la photo de la tante Suzanne avec sa verrue mythique, que ça te piquait sévère quand on te forçait à lui faire la bise.
Mais comme y a des coquillages qui arrivent tous les jours, y’en a qui se disent que ça serait p’t’èt bien de les ranger, que ça ferait moins désordre dans le paysage.
Histoire de faire propre, de reprendre le contrôle et de pas finir comme dans un épisode de C’est pas sorcier qui aurait mal tourné, quoi.
Et c’est là que ça commence à partir trop loin, tu vois.
Pasque du coup on s’est retrouvés avec des trucs pareils mais pas trop, des trucs différents mais en fait si, c’est les mêmes, un machin compté deux fois parce qu’on avait aussi regardé son autre côté, et d’autres qu’on comprend pas mais qu’on garde quand même, au cas où ça servirait dans une quête secondaire.
Et ça a pris des siècles ! Il a carrément fallu inventer des noms !
Ouais… des noms qui faisaient sérieux et qui essayaient d’expliquer un peu, même si on comprenait queud’.
Bon, mais c’est après ça que c’est vraiment parti en cacahuète : les gens qui en avaient marre que tout ce bazar s’entasse, leur gâche la vue ou leur entaille les pieds ont décidé de les apporter aux collectionneurs.
Et les collectionneurs, à un moment, c’est comme tout le reste, soit ils n’ont plus de place, soit ils cassent leur pipe, et vlan, tout le magot finit au musée.
« Les donateurs », qu’on appelle ces engeances.
Un nom qui fait bien pour ne pas dire ce qu’on en pense vraiment…
Parce que tout ça, tu vois, même bien rangé dans des p’tites boîtes, ça va finir par déborder à nouveau… et là mon gars, t’es pas prêt…
Et voilà, c’est le clash total,
c’est le malentendu universel,
c’est un vocal écouté sans le son,
c’est le cunéiforme sans la pierre de Rosette,
c’est le Canto des signes oubliés, mec’ton.
Le cartel d’exposition :
Le Canto des signes oubliés
Série complète : 8 spécimens décorés et étiquetés
Thème : variétés coquillières présentées avec humour et rigueur muséale
Origine : Ateliers du littoral, 2026
Contributions : Amis de la Plage, classe de CM2 de Mme Wautrin, Amis du Musée, dons anonymes
Curatrice : LOAT
Philosophie :
“La nature est déjà drôle, il suffit de la regarder de travers.”
Ne pas secouer. Les étoiles de mer ont le mal… de mer.

