C3lest-1

Dessinateur de nuages

C3lest-1 a été observé à plusieurs reprises dans les couches nuageuses des planètes tempérées. Sa propension à remodeler les formations de vapeur en silhouettes animales n’a jamais pu être expliquée…

« Si tu vois un hippopotame dans un nuage, c’est que C3lest-1 est passé ce matin. »


C3lest-1, le robot dessinateur de nuages

Avez-vous déjà levé les yeux vers le ciel et découvert un bestiaire éphémère ? Une girafe qui s’étire, un tigre qui bondit, un ours paisible ou un dauphin qui plonge dans l’azur ?

Sachez désormais que ces merveilles sont l’œuvre de C3lest-1.

Petit robot farceur à la tête bleue comme le ciel, C3lest-1 voyage de contrée en contrée, semant la joie sur son passage. Ici, il esquisse un koala endormi, là un masque vénitien mystérieux, plus loin un hippopotame qui barbote dans les cumulus.

Sa passion : transformer les cumulus en animaux parfaitement invraisemblables.


C3lest-1 et le Ciel Gris de la Ville Grise


C3lest-1 adorait dessiner des absurdités dans les nuages. Un escargot géant poursuivant une théière, un poisson qui portait des bottes, une baleine avec des ailes… Plus c’était improbable, plus il riait.
C3lest-1 détestait par-dessus tout les ciels uniformes. Pas de formes, pas de surprises, juste une couverture grise et ennuyeuse qui étouffait les villes. Ce matin-là, il survolait « Villegrise », une métropole où les habitants marchaient vite, le regard rivé sur leurs chaussures, ayant oublié depuis longtemps de lever les yeux.

« Incroyable, murmura le petit robot en ajustant sa roue dentée. Un ciel sans imagination, c’est comme un jour sans soleil. Tout ça manque cruellement d’un hippopotame. »

C3lest-1 se mit au travail. Il commença doucement, par peur d’effrayer les passants. Dans un coin du ciel, il modela un petit lapin en sucre qui semblait grignoter un nuage plus dense. Une petite fille, tenant la main de sa mère, s’arrêta net. « Regarde maman ! Un lapin ! » La mère leva les yeux, sourit pour la première fois de la journée, mais tira doucement le bras de l’enfant. « Allez, on ne s’attarde pas, il va pleuvoir. »

C3lest-1 ne se découragea pas. « Il faut frapper plus fort », pensa-t-il. Il activa ses turbines à ouate et se mit à dessiner à grande vitesse. Au-dessus de la tour de la banque, il sculpta un tyrannosaure colossal qui semblait vouloir manger le toit. Les passants s’arrêtèrent, bouche bée. Certains sortirent leur téléphone. Un homme d’affaires en costume cravate lâcha sa valise pour mieux observer le dinosaure qui se transformait maintenant en une baleine nageant entre les immeubles.

Le ciel de Villegrise n’était plus gris. Il était rempli de vie. C3lest-1, ivre de joie, enchaîna les créations : un chat faisant la sieste sur un cumulus, une fusée qui décollait en laissant une traînée de vapeur, et même un masque vénitien géant qui semblait veiller sur la place du marché.

La ville s’était arrêtée. Les klaxons s’étaient tus. Les gens se parlaient entre eux, pointant le ciel, riant, s’émerveillant. Un vieil homme s’assit sur un banc et dit à son voisin : « Je n’avais pas vu un spectacle pareil depuis mon enfance. »

Soudain, le vent se leva. C3lest-1 sentit ses créations commencer à s’effilocher. La baleine perdit sa queue, le dinosaure devint une simple tache, le chat s’évapora. « Oh non ! » s’écria le petit robot.

Mais alors qu’il s’apprêtait à recommencer, il vit quelque chose d’inattendu. Les gens ne baissèrent pas la tête, déçus. Ils restèrent là, le regard en l’air, attendant la prochaine forme. Ils avaient retrouvé le réflexe de regarder le ciel.

C3lest-1 sourit de ses deux grands yeux noirs. Il était parti dessiner des bêtises. Il découvrait qu’elles faisaient beaucoup de bien aux humains.
Il fit un petit signe de la main, laissa une dernière petite forme, un cœur tout simple, s’échapper vers le zénith, et repartit vers d’autres cieux gris, peut-être encore pour dessiner des bêtises, mais avec le secret espoir qu’elles redonnent envie à quelqu’un de lever les yeux.

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