Zorek

Technicien d’intervention en environnement dégradé.

Spécialité : récupération en zone instable.

Zorek revient tout juste d’une mission au long cours dans l’amas Z-3X-698, une zone à forte densité de débris dérivant autour d’une ancienne station orbitale effondrée, où les balises tombent en panne et où la poussière magnétique raye les capteurs.

Il a vu des bibliothèques s’effondrer en silence dans la nébuleuse d’Orion.
Il a senti l’odeur d’un livre brûlé à l’ombre de la porte de Tannhäuser.
Il n’en parle jamais.

Il est cabossé.
Il est fatigué.
Il lit pendant sa pause.



La Pulsation Delta-9

Une aventure de Zorek

La mission s’appelle sobrement : Secteur Delta-9, plate-forme atmosphérique abandonnée.

C’est un ancien relais météo suspendu au-dessus d’une planète océan, laissé à l’abandon quand les capteurs ont commencé à délirer. Les rapports parlent d’interférences. De relevés impossibles. De tempêtes qui n’existent pas.

Zorek doit récupérer ce qui reste exploitable.


La plate-forme flotte encore, tenue par trois turbines fatiguées qui grondent comme des bêtes malades. En dessous, l’océan n’a pas de rivage. Ce n’est qu’une surface noire, parcourue de reflets électriques. Des éclairs silencieux tracent des lignes blanches dans les nuages bas.

L’ascenseur central est hors service ; Zorek passe par l’extérieur, cramponné à la structure, pendant que la pluie chargée d’ions frappe son châssis.
Chaque impact crépite contre ses plaques métalliques et les diagnostics internes signalent une usure accélérée : il désactive les alertes sonores.

À l’intérieur, les néons vibrent encore. Certains couloirs baignent dans une lumière bleu sale, d’autres plongent dans une pénombre épaisse où les écrans diffusent des données fantômes.

La salle des archives est intacte : étagères scellées, disques optiques empilés, modules de stockage. Une odeur de plastique chauffé stagne dans l’air confiné.

Zorek commence l’inventaire, méthodique :
Récupération en zone instable, protocole 4-B.
Scanner. Identifier. Emballer. Marquer.

Puis, l’anomalie.

Un terminal encore actif, non référencé, connecté à un capteur atmosphérique secondaire.

L’écran affiche des séquences de données météorologiques impossibles : pressions négatives, humidité à cent vingt pour cent, vents qui soufflent vers le haut… des chiffres incohérents, scientifiquement absurdes.

Il devrait consigner l’erreur, couper l’alimentation, classer le tout en dysfonctionnement… mais décide d’ouvrir les enregistrements bruts.

Le capteur ne mesure pas la météo, il enregistre des micro-variations du champ électromagnétique planétaire. Des oscillations régulières, un motif.

Quelque chose, sous l’océan, produit un signal. Un rythme.

Zorek s’immobilise. Ses processeurs comparent : rien de connu.
Aucun modèle répertorié, aucune signature industrielle, aucun phénomène naturel classé… Juste une pulsation, lente et obstinée.

La plate-forme se met brutalement à trembler. Une turbine a lâché ! Les alarmes hurlent. Une voix métallique répète : Structure instable. Évacuation immédiate.

Il copie les données ; ce n’est pas prévu par la mission.

La pluie d’ions frappe plus fort pendant sa redescente précipitée le long de la coque extérieure.
Un regard vers le bas : l’océan en dessous semble respirer à l’unisson du signal qu’il vient de capter.


De retour au module de transport, il transmet le rapport officiel : récupération partielle des archives, plate-forme condamnée, anomalies techniques probables dues à corrosion et interférences.

Il ne mentionne pas le rythme, mais il le conserve.


Ses capteurs internes rejouent inlassablement la séquence de la pulsation venue des profondeurs.

Il ne sait pas si c’est une forme de vie ou un phénomène que personne n’a encore nommé, mais il sait que, dans un univers qui se délite, quelque chose bat encore.

Et qu’il en fait partie.

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